Hommage à Pierre Ivorra

Catherine MILLS, vice-présidente de l’Association des amis de Paul Boccara

        

A Marie-Simone et à ses enfants

         A tous les amis et camarades de Pierre

Pierre Ivorra, notre ami, notre camarade, est décédé. Notre peine est immense. Né à Casablanca (Maroc) en 1947, il gardait de ses origines une chaleur méridionale. ll fait des études de philosophie à l’Université Panthéon-Sorbonne à Paris et s’engage à l’Union des étudiants communistes. C’est ensuite le début d’un compagnonnage avec Paul Boccara qui se poursuivra à la section puis à la commission économique du PCF et lors des grands entretiens qu’il conduira dans l’Humanité. Il veut rendre l’économie à la fois scientifique et populaire. Depuis 1978, Pierre Ivorra fut journaliste à l’Humanité, mariant l’analyse économique à la révélation sur les réalités et réseaux des puissants, puis à L’Humanité dimanche où il donne de solides bases de travail. Une pile de dossiers tenus à jour rappelait qu’il ne suffit pas d’avoir des points de vue, il faut des informations, des faits et des chiffres, des pistes à explorer. Il constitue un réseau d’informateurs, qui lui confient de précieux tuyaux. Il décrypte les mécanismes de l’économie capitaliste, leurs gâchis et avance des voies pour dépasser ce système. Il éclaire l’actualité économique, l’insolence des grandes fortunes, les dérives du CAC40, de la finance, dans ses livres, articles, chroniques, durant des années. Il montre comment la dynastie Peugeot, Michelin et d’autres édifiaient leur fortune. À la tête de la rubrique « Économie-luttes », il refuse de se limiter au déroulement des conflits sociaux. Il devient, dix années durant, chroniqueur économique à L’Humanité. Notre camarade, aussi vigoureux polémiste que fin pédagogue, ne se contentait pas de dénoncer les iniquités d’un monde en proie aux lois du capital. Il ouvrait à ses lecteurs la compréhension des mécanismes, des logiques, des contradictions sous-jacentes aux événements économiques et politiques. C’était le fruit d’une culture marxiste particulièrement aiguisée, qu’il avait acquise après des études de philosophie et qu’il a éprouvé et enrichi pendant dix ans dans son travail d’analyste financier pour les comités d’entreprises, toujours en lien avec les travaux des économistes communistes en particulier Paul Boccara sur ces questions. La section économique, puis commission économique du PCF doivent beaucoup à la contribution qu’il n’a cessé de leur apporter ainsi que ses grands entretien avec Paul Boccara, dans l’ Humanité , sur la crise financière, l’anthroponomie, la gestion.

Lors d’un colloque européen d’économistes hétérodoxes en Irlande, auquel Pierre participait avec son ami Okba Lamrani, comme journalistes à L’Humanité et Paul Boccara (mon compagnon) qui intervenait, j’ai pu recueillir l’information en direct, outre le sérieux de leur travail : une franche partie de rigolade de ces trois-là, tous nés en Afrique du Nord, Maroc pour Pierre, Algérie pour Okba, Tunisie pour Paul. Tous sont décédés maintenant.

Pierre a publié de nombreux ouvrages :

Sur la piste des patrons, avec Jack Dion , Éditions sociales,1987. 

Face à la crise, des clés pour comprendre, Editions de l’Humanité ,2009.

La Finance au pas. Ce qu’il faut savoir sur la finance pour mieux la comprendre, Le Temps des cerises,2014.

Dans les coulisses du CAC 40, ed du Croquant 2018.

Soigner l’hôpital. Des remèdes pour sauver le système de santé., ed Eyrolles,2021.

En 1999, Pierre devient analyste financier auprès des comités d’entreprise. Il veut décrypter pour agir.

Pierre était aussi un militant communiste dans l’âme, un révolutionnaire. À Nanterre dans les Hauts de Seine, dans le Val-d’Oise, à Saint-Denis, à Hyères où il soutient vigoureusement notre texte « le Manifeste » lors des derniers congrès du PCF. Engagé dans la bataille politique à Saint-Denis où il habitait, puis à Hyères après sa retraite, il a été à la pointe du combat contre l’effacement du PCF et des idées marxistes, avec une détermination que rien ne pouvait intimider. Seule l’aggravation brutale de son état de santé l’avait contraint au silence depuis trois ans et l’avait éloigné des activités publiques. Pierre est décédé des suites d’une longue maladie. La peine de ses amis de l’association Paul Boccara est immense. Pierre était un camarade, un frère, un ami proche de Paul, un complice, un soutien indéfectible, avec son apport propre. C’était un économiste marxiste brillant et en même temps modeste, chaleureux. Nos pensées les plus affectueuses vont à toi , Marie-Simone notre amie, à sa fille, à son fils et à tous ses proches.

On trouvera aussi sur le site d’Économie&Politique l’hommage de l’équipe de la revue :

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